L'histoire de Nerville-la-Forêt

A l'origine, le village de Nerville-la-Forêt était dénommé : "Nigra Villa", c'est-à-dire "Noir Domaine" en latin, en raison sans doute de l'activité des charbonniers qui approvisionnaient les ateliers de fabrication du plâtre, à partir du gypse extrait de carrières creusées en forêt de l'Isle Adam. 

Par la suite, le village prend nom de "Nerviller" puis enfin de "Nerville", en 1698.

Faisant partie du comté de Beaumont, le village entre ensuite dans le domaine royal au XIIIe siècle.

En 1331, on comptait sept feux (sept familles) et trente cinq habitants à Nerville.

En 1526, Nerviller est remis à François 1er qui en fait don au connétable Anne de Montmorency. En 1705, il est vendu à Louis de Bourbon, prince de Conti et seigneur de l'Isle Adam.

 

Un site parcouru par les personnages d'Honoré de Balzac

 Au début du XIXe siècle, la proximité de l'Isle Adam, le charme de sa forêt, le calme et la beauté du site font de Nerville un lieu remarqué  par Honoré de Balzac. Dans plusieurs de ses oeuvres ("Splendeurs et misères des courtisanes", "Un début dans la vie", notamment), les  personnages de ses romans circulent de Maffliers à Presles ou bien à l'Isle Adam en empruntant les chemins qui traversent la forêt ou la  bordent et desquels on aperçoit le château de Franconville de Saint Martin du Tertre. Certains de ses héros se perdent dans la forêt et  découvrent ainsi le château des Bonshommes. Le hameau de Nerville est ainsi plusieurs fois cité dans l'oeuvre de Balzac.

 

 Nerville réclame et obtient son "indépendance"

Lors de la création des communes par l'Assemblée Nationale, par une loi du 14 décembre 1789 qui les désigne comme les plus petites divisions administratives (en remplacement des "paroisses"), Nerville n'est qu'un hameau de Presles. Mais très rapidement ses habitants désirent leur indépendance. Si les gens de Presles et les gens de Nerville s'entendent bien, les petits conflits ne manquent pas : on accuse les cerfs de descendre des futaies de Nerville pour piller les récoltes des Garennes de Presles ; la section "vassale" de Nerville conteste les impôts et le bornage décidés par Presles la commune "suzeraine", etc.

Par ailleurs, il faut parcourir plus de trois kilomètres pour accomplir la moindre formalité.

Aussi, à partir de 1840, Nerville rêve d'indépendance.

Un enquête administrative est ouverte par le juge de Paix de l'Isle Adam. Elle fait ressortir un certain abandon du hameau où personne ne représente l'autorité civile, religieuse ou policière, d'où "un certain relâchement au point de vue de la religion, de l'ordre, de l'autorité et du respect des lois".

En outre, "La nature du terrain, la pente souvent rapide, sa direction vers le nord, rendront toujours d'un parcours difficile en hiver et dans les temps pluvieux" écrit le juge de paix. Il plaint les habitants du hameau isolé "d'avoir à franchir une distance aussi considérable, toutes les fois qu'une naissance, un mariage, un décès ou toute autre circonstance leur impose la necessité de venir à la mairie ou à l'église".

En 1851, Nerville compte 443 habitants. Les territoires du hameau couvrent 340 hectares.

L'ancienne chapelle, dite chapelle Saint Claude, qui se trouvait près de l'angle actuel de la rue Saint Claude et de la rue André COMMELIN (en bas de la place du château) est en ruine. C'est alors que, dans le cadre d'un échange proposé en 1835 par la comtesse de RUTY, l'ancienne chapelle et une sente lui sont attribuées et qu'elle s'engage à faire construire une nouvelle église (l'église actuelle) et une "maison d'école" (le 43 rue Saint Claude).

 Le juge de paix, quant à lui, approuve les nervillois qui veulent être séparés de Presles : "Nerville aurait un maire pour représenter l'autorité civile, un curé qui surveillerait l'éducation donnée aux enfants, et dont les efforts pourraient peut-être ranimer quelques étincelles de foi, la police y serait faite et les cabarets surveillés, car le commissaire de police cantonale et la gendarmerie seraient obligés de la visiter dans leurs tournées. En un mot, il nous semble que les intérêts de la moralité, de la religion et du bon ordre aussi que l'équité nous font un devoir d'appuyer la demande des pétitionnaires".

Par ailleurs, les comptes rendus du conseil municipal de Presles "constatant que Nerville continue de réclamer avec ardeur et persévérance son érection en commune détachée de Presles ont appuyé ce geste et légitime voeu".
Le 16 août 1863, le conseil municipal rappelait que de nombreuses enquêtes officielles étaient favorables, que le Conseil d'Etat avait pris le 6 février 1859 une décision qui érigeait Nerville en commune et qu'il ne manquait que le décret impérial.

Ce dernier fut signé par l'empereur le 9 septembre 1863.

Le 30 décembre 1865, un décret érige l’église de Nerville en succursale (paroisse de plein exercice avec une église et un presbytère).

En 1887, la décision est prise de construire une nouvelle école, avec un logement d’instituteur. Elle sera ultérieurement surélevée et deviendra la Mairie. Jusqu’aux années 1970, l’instituteur disposera d’un logement au premier étage. (voir le détail des plans de 1887)

Au cours des années suivantes, la population du village croît régulièrement ainsi que son activité. Au début du XXe siècle, on y trouve des ateliers ou diverses activités artisanales. De nombreux habitants travaillent dans les usines ou les ateliers de Presles. Le village compte 383 habitants en 1901.

Pendant la guerre 1914-1918, Nerville paie un lourd tribu pour défendre la Nation, comme en témoignent les noms gravés sur le monument aux morts, place de la mairie.

Dans les années 30, l’agriculture et l’élevage se développent ainsi qu’une activité de maraîchage familial. Nerville compte par ailleurs de nombreux commerces : plusieurs épiceries, cafés et même un hôtel où s’arrêtent les voyageurs.

La paix revenue, la vie reprend mais le village ne connaît pas de développement significatif. La population qui comptait 315 habitants en 1921 reste à peu près stable (298 habitants en 1946).

 

15 août 1944 : une tragédie à Nerville

Pendant la seconde guerre mondiale, le terrain et la proximité des grands massifs forestiers sont favorables aux mouvements de résistance et Nerville abrite, en 1944, une imprimerie clandestine du maquis de Seine et Oise. On y édite notamment "Défense de la France".

Les maquisards sont actifs dans la région et, à la suite de la capture en forêt de deux soldat allemands, une opération de "ratissage" est organisée dans le village le 15 août. Elle conduit à la découverte de l’imprimerie dans la ferme COMMELIN.

Les allemands mettent le feu à la ferme et prennent cinq otages :
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Henri SADIER, le maire, André COMMELIN, le fermier, Paul DUCLOS, l'instituteur,

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et deux jeunes gens sans certificat de travail : Marcel HARLAY et Henri DOUAY.

Ces cinq personnes seront fusillées au lieu dit "Les Quatre Chênes", en forêt de Montmorency, à Domont. (plus de détail)

Leurs noms ont été donnés aux quatre rues et à la place qui, avec la rue Saint Claude, constituent le réseau de voirie urbaine de la commune.

 

Nerville devient Nerville-la-Forêt

C’est par un décret du 3 février 1950 que Nerville est autorisée à porter le nom de Nerville-la-Forêt, pour éviter toute confusion avec des villages au nom approchant.

A cette époque, Nerville-la-Forêt a conservé une activité commerciale et a connu une notoriété qui dépassait le cadre régional avec le restaurant "Les Quatre Saisons".

110 801 media7209Lancé par le chansonnier Brancato qui avait ouvert son auberge juste en face de la mairie actuelle, cet établissement a connu une grande notoriété dans le milieu du spectacle notamment. Il disposait en particulier d’une très belle terrasse et d’un jardin avec une vue imprenable sur la vallée et les plateaux du pays de Thelle, très appréciés à la belle saison.

Des personnalités comme Dalida, Charles Aznavour ou encore Thierry Le Luron ont ainsi fréquenté assidûment le village pendant plusieurs années.

L’évolution de l’urbanisme à Nerville-la-Forêt est caractérisée par le maintien du caractère rural du village. On y trouve beaucoup de maisons anciennes, souvent bien rénovées (rue Saint-Claude, rue André Commelin, rue Paul Duclos, rue Marcel Harlay et rue Henri Douay).

Par ailleurs, un habitat divers s’est inséré dans les rares espaces encore libres et deux petits lotissements ont été construits dans les années 1980 : rue du Pré Margot et ruelle à Potier.

Le nombre d’habitants tombe à 254 en 1968, remonte à 478 en 1982 et à 577 en 1990 (du fait de la construction des deux lotissements récents).

En 2006, Nerville-la-Forêt comptait 813 habitants.

voir aussi : Août 44 - la tragédie